Comment devenir astronaute
En Europe, devenir astronaute de l'ESA
Depuis quelques années, il n'existe plus en Europe d'astronautes spécifiques à un pays. En effet, tous ont été rassemblés au sein de l'EAC (European Astronaut Corps), un corps européen d'astronautes dirigé par l'ESA et basé à Cologne, en Allemagne.
Si devenir astronaute est votre rêve, il faut savoir que les places sont extrêmement rares (15 astronautes pour toute l'Europe), que même en étant astronaute vous pouvez très bien ne jamais partir, et surtout qu'astronaute n'est pas un métier à part entière. Un astronaute est considéré comme un simple technicien (au niveau du salaire notamment, mais avec l'expérience il peut atteindre les 6500€/mois) et, avant et après son vol, il pourra se consacrer à des activités de toute autre sorte au sein de l'ESA ou de son organisme d'origine.
Les astronautes de l'ESA, s'ils sont issus de divers horizons, ont tous une formation pointue dans un ou plusieurs domaines, qui reflètent les besoins de l'agence: sept ont une formation d'ingénieur, sept ont une formation de pilote et sept sont des scientifiques, certains astronautes disposant de plusieurs formations. Par exemple, Jean-François Clervoy et Philippe Perrin sont ingénieurs, Franck De Winne, Michel Tognini et Léopold Eyharts sont Ingénieurs/Pilotes, Claude Nicollier est Scientifique/Pilote.
Si les astronautes ayant une formation de pilote exclusivement deviennent rares, alors qu'il y a quelques années ils représentaient une écrasante majorité, c'est que les expériences en orbite sont de plus en plus pointues, les missions sont souvent civiles et les vaisseaux spatiaux plus sûrs. De plus, les astronautes européens empruntant toujours la Navette américaine ou le Spoutnik russe, ils ne bénéficient normalement pas des fonctions de pilote lors des vols spatiaux...
Une solide formation scientifique est donc préférable pour l'instant à une brillante carrière dans l'armée de l'air ou comme pilote d'essai, l'ESA n'envisageant plus de faire son propre lanceur habité. L'installation du Soyouz à Kourou pourrait cependant changer la donne...
L'ESA ne recrute pas de nouveaux astronautes en permanence. Inutile donc d'envoyer à l'agence votre CV! Ce n'est que lors de campagnes de sélection, dont la prochaine ne devrait pas avoir lieu avant 2005 ou 2006, que vous pourrez faire acte de candidature.
Tout homme ou femme d'un pays membre de l'ESA (si vous êtes français, belge ou suisse, pas de problème!) peut postuler: selon les statuts de l'agence, France, Allemagne et Italie ont chacun 4 astronautes à l'EAC, les 4 autres places étant laissées aux autres états-membres.
Lors de la dernière campagne de sélection, il y avait eu 22000 candidatures, dont 5000 répondaient aux qualifications requises sur dossier.
L'âge doit de préférence être compris entre 27 et 37 ans, mais ne pas être dans cette fourchette n'est normalement pas disqualificatif . Quand à la taille, elle doit obligatoirement être comprise entre 1.53 et 1.90 mètres (pour pouvoir rentrer dans les combinaisons et l'habitacle du véhicule habité...). Il faut de plus être, bien entendu, en bonne santé, pas de grave antécédent médical, un poids normal. Des tests supplémentaires auront lieu après cette sélection sur dossier. Pas besoin d'être surhomme! Il faut bien entendu aussi être stable psychologiquement, et la motivation est essentielle.
L'aspirant astronaute doit aussi un minimum parler et écrire anglais (le russe, c'est pour après!) et un niveau universitaire en sciences naturelles, ingénierie ou médecine, avec de préférence au moins trois ans d'expérience professionnelle.
D'autres qualifications sont un plus non négligeable: vous devez avoir la capacité de passer le brevet de plongée sous-marine, une expérience de vol et de parachutisme sont aussi recommandées.
Après avoir répondu à l'annonce, vous recevez un gros dossier (confidentiel bien entendu) à remplir, le premier "filtre": sa taille décourage beaucoup de candidats (ce qui montre leur motivation!) et 70 à 80% des candidatures sont rejetées à cette étape.
Suivent ensuite des examens médicaux complémentaires en centre hospitalier, suivis si vous remplissez les conditions de tests médicaux sur centrifugeuse, tabouret tournant etc... et de tests psychologiques.
Suivent ensuite une série d'entretiens pour évaluer vos capacités scientifiques, techniques ou votre aptitude aux langues étrangères. Si, par le plus grand des hasards, vous n'êtes pas un génie en anglais et que votre russe se réduit à avoir goûté une fois dans votre vie de la vodka (ce qui ne suffit pas pour dialoguer avec les techniciens du TSOUP, le centre de contrôle russe, ou lire les commandes du Soyouz), sachez que des cours de rattrapage sont dispensés par l'agence...
Toujours en course? Encore un passage devant un comité et c'est bon!
Une fois sélectionné, les entraînements débutent. A l'EAC, il faut suivre un "basic training" d'un an (modulable), à comparer aux 4 ans à la NASA ou à la dizaine d'année en Russie.
Au programme, cours théoriques sur l'ESA et les différents aspects d'une mission spatiale, cours de russe et cours pratiques de plongée sous-marine, en vols paraboliques et entraînements de survie.
Ensuite? Tout dépend de l'agence avec qui vous partirez... si vous partez! Vous pouvez attendre plusieurs années une première affectation, voire ne jamais être sélectionné...
Si vous devez participer à une mission sur la navette américaine, vous êtes intégrés en tant qu'International Partner Astronaut au corps des astronautes américains. Vous devez alors suivre les 4 ans de formation que suivent les apprentis astronautes américains. Si, au contraire, vous partez dans un Soyouz, une formation d'un à 1 an et demi vous sera donnée à la Cité des Etoiles. De plus, un séjour sur l'ISS implique un "Advanced Training" d'un à deux ans, dans un groupe d'astronautes internationaux, et 18 mois d'"Increment Specific Training", spécifique à la mission que vous allez devoir mener à bien. Chaque geste que vous devrez faire là-haut sera répété dans ses moindres détails...
Au Canada, devenir astronaute de l'ASC
Au Canada, les conditions requises sont pratiquement les mêmes, vous devriez donc lire les paragraphes consacré aux astronautes européens. Mais les astronautes canadiens, 6 à l'heure actuelle, peuvent normalement être pilotes ou copilotes de la navette spatiale américaine, en devenant membre qualifié des forces armées américaines...
Les canadiens doivent "avoir un diplôme d’études supérieures en sciences ou en génie, détenir des compétences dans au moins 2 disciplines, savoir parler en public de préférence dans les deux langues officielles (anglais et français), être en bonne forme physique et à démontrer de l'intérêts pour leurs semblables en participant à diverses activités communautaires". Il n'y a pas de spécifications d'âge.
Les astronautes canadiens sont censés être divisés en deux catégories: les astronautes-opérateurs et les astronautes-parrainés.
Les astronautes-opérateurs sont des astronautes professionnels, faisant partie de l'agence spatiale canadienne. Ils peuvent être associés à toute mission de l'agence.
Les astronautes-parrainés sont sélectionnés pour faire une ou plusieurs expériences à bord de l'ISS. Ils ont à remplir les objectifs de l'organisme qui les parraine et non ceux de l'agence. Dans les faits, il n'y a que des astronautes-opérateurs au Canada. Les astronautes-parrainés ne pourront être sélectionnés qu'à la fin de la construction de l'ISS, quand un équipage de 6 ou 7 personnes pourra être en permanence en orbite.
Le Bureau des astronautes canadiens se situe au siège de l’Agence spatiale canadienne, à Saint-Hubert près de Montréal, au Québec. Le salaire d'un astronaute canadien varie de 5800 $ Can/mois (astronaute en formation, soit 3600€) à 11300 $ Can (après la première mission, soit 7000€)
Sources:
Devenir Astronaute, Espace Magazine n°2 bis, sept-oct 2003
How to become an astronaut, ESA
Astronaut training requirements, ESA
Astronaut biographies, ESA
Le cosmonaute Frank De Winne vous en dit plus, ESA
Le corps des astronautes européens, CNES
Chat avec Jean-Pierre Haigneré, retranscription, L'Internaute
Canada In Space, McMillan Space Centre
Foire aux questions, Bureau des Astronautes, ASC


